jeudi 12 avril 2012

Le dramaturge et le philosophe

Après moi, réalisation des Éternels pigistes, texte de Christian Bégin et mise en scène de Marie Charlebois; au théâtre La Licorne.

Belle soirée, hier, à La Licorne et, surtout, un sujet de réflexion qui me permet de faire un lien avec l'essai de Dany-Robert Dufour, L'individu qui vient... après le libéralisme, dont il a été récemment question dans ces pages.

J'ai crû comprendre, au fil des conversations au sein du petit groupe auquel j'ai été invité, merci à l'intéressé, à me joindre, que certaine critique reprochait à l'auteur d'avoir donné dans la facilité du théâtre populaire. Il est vrai que, usons d'une comparaison musicale, l’œuvre est plus proche d'une chanson de Bécaud que d'une de Ferré, et que si, avec comme sujet l'Autre, et le difficile rapport avec icelui, il n'est pas vraiment du côté de Beckett, il ne tombe pas pour autant dans le Boulevard. Peut-être lui fera-t-on grief de manquer de confiance dans son Autre, le public, et de trop souligner : celui-ci comprend qu'on lui représente une sorte de « jour de la marmotte », inutile de le dire.

Astucieuse la métaphore des bouteilles, belle trouvaille en vérité, qui revient tout au long de la pièce. Je ne suis pas certain, toutefois, que l'on puisse, comme le laisse entendre le programme, et la tirade, vers la fin de la pièce, du personnage incarné par Christian Bégin, que l'on puisse mettre sur le même plan le besoin de l'Autre et le très catholique « aimez-vous les uns les autres ». La notion de besoin recoupe celle d'intérêt, et le capitaliste qui a besoin du consommateur (ce dernier étant le successeur du prolétaire) n'a guère de souci réel pour lui en tant qu'individu autre que de stimuler son désir de consommer. Témoin la cupidité de l'époque, et le « toujours plus » qui sévit de bas en  haut de la société.

Ce qui nous conduit tout droit à l'essai de Dufour : ce n'est pas tant de charité dont nous avons besoin dans notre rapport avec l'Autre que de sympathie.



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