mardi 5 décembre 2006

La mer de la Tranquillité -- premières impressions

Sylvain TRUDEL, La mer de la Tranquillité, Les allusifs, 2006 (187 pages).

Le lecteur de ce blogue croira, au vu de la liste de mes lectures, que je flotte continument dans les eaux profondes du 36e dessous, et le recueil de Sylvain TRUDEL risque de ne pas infirmer cette opinion.

Pas que les neuf nouvelles qui le composent soient déprimantes, mais je suis persuadé qu'on ne le priera pas à une lecture dans quelque festival de dilatateurs patentés de la rate. Si on y sourit, ce n'est pas comme sous le pinceau de Léonard, mais sous le burin de Dürer, dans un rictus.

Je pensais : « Mettre une cravate à un pendu, c'est épouvantable... »

On y entend le Quatuor pour la fin des temps, c'est tout dire, et on s'y promène dans les marges, ce qui nous vaut un défilé de noms savoureux : L'ìle aux fesses, l'Abord-à-Plouffe, loin des centres-ville et, pour l'essentiel, dans ces zones bâtardes, mi-résidentielles, mi-industrielles que sont les banlieues. Là où végète, dans l'aliénation la plus sombre, la petite bourgeoisie de toutes les médiocrités et de tous les compromis.

Que les protagonistes -- je vois mal qu'on puisse les qualifier de héros -- soient déprimés, suicidaires, ou encore en mal d'évasion ou de salut, ou bien à la recherche de la mort heureuse -- grâce soit rendue à sainte Barbe --, on ne saurait s'en étonner. Ils sont pauvres par refus de ce monde étriqué :

« Se contenter de ne pas être mort, est-ce vivre ? »

Le lecture de ce recueil est, paradoxalement, réjouissante en ces temps de superficialité et de tout-à-l'humour. Et l'auteur rend fort bien les douloureux moirés de la mélancolie -- ancien nom de la dépression -- dans une langue aux couleurs sombres. Et je mets quiconque au défi, lui offrant une petite bière, de le lire sans le dictionnaire ouvrir :

La sultane criait famine
en syriaque
cependant que
au zénith d'une priapée
je trempais mon biscuit
dans l'Occident aux flaveurs lupulines.


Réjouissante pour son athéisme roboratif, en ces temps de bondieuseries monothéistes aux mille tollés rances. À rapprocher des essais, j'y reviendrai, de Michel ONFRAY.

L'heure fuit, et je me dérobe. À demain, lecteur.



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